[RECHERCHE] Résultats de l'étude européenne « InEurHeart »

Essai clinique randomisé multicentrique comparant l'ablation par cathéter guidée par scanner à la méthode conventionnelle dans le traitement de la tachycardie ventriculaire.
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Une équipe internationale coordonnée par le Pr Frédéric Sacher (service de cardiologie électrophysiologie et stimulation cardiaque de l'hôpital Haut-Lévêque - CHU de Bordeaux / IHU Liryc / université de Bordeaux) et le Pr Hubert Cochet (service de radiologie et d'imagerie cardiaque et thoracique de l'hôpital Haut-Lévêque - CHU de Bordeaux/ IHU Liryc / université de Bordeaux) a mené l'étude InEurHeart afin d'évaluer l'apport de l'imagerie par tomodensitométrie (scanner) dans le traitement de la tachycardie ventriculaire. 

Les résultats de cette étude, promue par le CHU de Bordeaux, ont été publiés dans la revue European Heart Journal le 11 février 2026 : 

Computed tomography-guided vs conventional catheter ablation for ventricular tachycardia: the InEurHeart trial.

Figure 2

Mené dans 14 centres européens en France, Allemagne, Suisse et Autriche entre juin 2022 et janvier 2024, l'essai InEurHeart a inclus 113 patients présentant des antécédents d'infarctus du myocarde et une tachycardie ventriculaire cliniquement significative. Les patients ont été répartis aléatoirement en deux groupes : groupe guidé par scanner et groupe conventionnel.

L'innovation repose sur l'utilisation d'une technologie de traitement d'image par intelligence artificielle développé par la start-up InHeart (spin off de l'IHU LIRYC) et qui permet de créer, avant l'intervention, un modèle 3D détaillé ou « jumeau numérique » du cœur du patient, incluant les zones cicatricielles responsables des troubles du rythme. Ces images sont intégrées dans des systèmes de navigation 3D. Préparer une grande partie du travail avant l'opération permet de réduire sa durée et sa complexité.

Des résultats significatifs pour la pratique clinique 

L'objectif principal était de démontrer une réduction de la durée de la procédure grâce au guidage. Les critères d'évaluation secondaires comprenaient notamment l'efficacité (incidence et impact des arythmies ventriculaires) et la sécurité. 

Les résultats montrent :
• Une réduction majeure du temps d'intervention : La durée moyenne est passée de 149 minutes dans le groupe conventionnel à 120 minutes dans le groupe guidé par scanner, soit une réduction du temps de procédure de 19 % (et jusqu'à 28 % en analyse per-protocole).
• Une sécurité confirmée : Les complications majeures ont été rares et similaires dans les deux bras (1,8 % pour le scanner contre 3,5 % pour le groupe classique).
• Une efficacité maintenue dans le temps : Le taux de succès (absence de récidive) à un an passe de 67 à 77% avec cette approche et permet une réduction du nombre d'arythmie de 60% par rapport à la stratégie conventionnelle. La charge de l'arythmie (nombre d'épisodes) a été réduite de 90 % dans le groupe bénéficiant de l'imagerie.

Le projet InEurHeart est né d'une collaboration entre l'INRIA (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) et notamment Maxime Sermesant, Directeur de Recherche à l'Inria Sophia Antipolis, - qui a obtenu un financement de l'Union européenne via l'organisme de promotion de l'innovation en santé EIT-Health - et le CHU de Bordeaux promoteur de l'étude clinique. 

Un enjeu de santé publique majeur 

Chez les patients souffrant d'une maladie cardiaque liée à un infarctus et présentant des troubles graves du rythme cardiaque et notamment les patients souffrant de cardiopathie ischémique avec tachycardie ventriculaire (TV) récidivante, le traitement par destruction ciblée des zones responsables (ablation par cathéter) est aujourd'hui recommandé. 
Dans le monde, des millions de patients portent un défibrillateur implantable, un appareil qui corrige les troubles du rythme, mais seule une minorité a accès à l'ablation, pourtant plus durable. L'accès limité à cette technique fait que les patients sont souvent traités tardivement, lorsque la maladie est plus avancée et les risques plus élevés. 
Au fil des années, la technique a évolué : au lieu de traiter uniquement les troubles du rythme observés pendant l'intervention, les médecins ciblent désormais les zones abîmées du cœur qui favorisent leur apparition. Cette intervention demeure complexe et réservée aux centres spécialisés car elle repose beaucoup sur l'expérience du médecin qui doit identifier les zones cicatricielles responsables de l'arythmie. 
Le 12 février 2026